
J’ai commencé à jouer du violoncelle à 9 ans à Poitiers. La première de la
fratrie à aller au conservatoire !
Mes études se passent bien. Je suis bonne élève ! Jusqu’à ce que, à l’âge
de 15 ou 16 ans, j’aie envie d’envoyer tout promener. Ma « prof »
me maintient la tête hors de l’eau durant cette difficile errance de l’adolescence :
nous passons une année à parler plutôt que travailler l’instrument avant que
je ne retrouve de l’enthousiasme. J’ai la chance d’avoir en face de moi une
personne qui sait écouter et qui m’encourage à m’exprimer. Et qui, surtout,
ne me rejette pas parce que je suis dans un passage délicat.
Puis, je décide que le violoncelle sera ma profession et
je vais continuer mes études à Lyon.
Là, à nouveau, j’ai la chance de travailler pendant un an
avec un professeur
qui enseigne le violoncelle en utilisant beaucoup l’imaginaire et le ludique.
En 1980, je commence à enseigner, au conservatoire de Lyon
et dans des écoles de la région, et j’aime ça ! J’introduis déjà beaucoup
l’improvisation dans mon travail, en tâtonnant, parce que personne ne m’a formée
à procéder ainsi. Mais ce moyen semble bien fonctionner. Je trouve extraordinaire
tout ce qui peut apparaître de la personne au travers du travail avec l’instrument.
Je suis plus attirée par le développement de cet enrichissement personnel
des élèves par le biais du violoncelle que par le travail de la virtuosité
instrumentale. De ce fait, je n’ai pas toujours l’impression d’être à ma place
dans ce conservatoire de région et, au bout de quelques années, je me pose
la question de savoir si je dois continuer.
Et puis, les choses commencent à se mettre en place et prennent sens :
En 84, je travaille la voix avec le « Roy Hart Théâtre » (c’est
d’ailleurs là que je rencontre Jean Lucien Jacquemet qui deviendra ensuite
mon compagnon et avec qui, plus tard, je co-animerai ces stages d’improvisation)
qui me donne beaucoup d’outils de travail et me permet de mieux comprendre
et gérer mon espace personnel.
En 90, je rencontre, en préparant le concours du Diplôme d’Etat, un prof
de violoncelle qui travaille beaucoup avec l’improvisation et cela me donne
alors confiance pour oser continuer à la pratiquer moi-même au conservatoire.
Jean Lucien travaille depuis longtemps avec l’expression vocale et gestuelle
et nous décidons de faire, tous les deux puis avec des petits groupes, de
la recherche dans le domaine de l’improvisation. Nous travaillons soit avec
la parole soit en lien avec l’aspect musical, voix ou instruments.
Ce travail est passionnant et nous essayons, petit à petit,
de mieux comprendre « comment ça marche » (question brûlante et récurrente
chez toute personne qui s’approche de ce domaine : « l’impro, oui,
mais pourquoi et comment et où cela nous mène-t-il ? » ).
Pour nous, avec évidence je crois, c’est l’analyse du fonctionnement, à tout niveau, qui fait avancer le travail. Sur le plan de la connaissance de soi, de la relation, de la confiance en soi et en l’autre, de la prise de conscience qu’on sait faire beaucoup plus de choses qu’on ne le croit, de l’apprentissage de la centration, de la compréhension du vivant …c’est un outil excellent. De plus, l’improvisation est un domaine dans lequel nous pouvons allier travail et plaisir… c’est un beau cadeau et il faut peut-être penser à le transmettre…
Dans cette même période, je travaille 2 ans et demi
avec une autre Emmanuelle qui chante. Nous créons « Emduo », duo à 2 voix et un violoncelle.
Là aussi, notre idée est d’aller le plus loin possible dans la compréhension
et la justesse de la démarche. Nous travaillons régulièrement, presque une
fois par semaine. Là aussi, le constat est le même : la rigueur accompagne
au plus près les expériences de cet ordre. Sans elle, on ne peut pas vraiment
progresser. Il n’est pas ici question de « faire un bœuf » mais
de travailler, d’avancer dans notre compréhension de la relation au
son, à la musique et aux rôles que nous prenons avec les personnes
avec qui nous sommes en relation en jouant.
« Emduo » est resté assez confidentiel mais a produit
tout de même quelques concerts…
Au conservatoire je trouve ma place parmi les professeurs de violoncelle en osant ouvertement poser cette spécialité de l’improvisation et des portes s’ouvrent, puisque je suis chargée officiellement depuis maintenant plusieurs années d’initier tous les élèves de violoncelle à ce travail.

