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L'Improvisation c'est quoi ?
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Emmanuelle Vincent

J’ai commencé à jouer du violoncelle à 9 ans à Poitiers. La première de la fratrie à aller au conservatoire !
Mes études se passent bien. Je suis bonne élève ! Jusqu’à ce que, à l’âge de 15 ou 16 ans, j’aie envie d’envoyer tout promener. Ma « prof » me maintient la tête hors de l’eau durant cette difficile errance de l’adolescence : nous passons une année à parler plutôt que travailler l’instrument avant que je ne retrouve de l’enthousiasme. J’ai la chance d’avoir en face de moi une personne qui sait écouter et qui m’encourage à m’exprimer. Et qui, surtout, ne me rejette pas parce que je suis dans un passage délicat.
    Puis, je décide que le violoncelle sera ma profession et je vais continuer mes études à Lyon.
    Là, à nouveau, j’ai la chance de travailler pendant un an avec un professeur qui enseigne le violoncelle en utilisant beaucoup l’imaginaire et le ludique. 
    En 1980, je commence à enseigner, au conservatoire de Lyon et dans des écoles de la région, et j’aime ça ! J’introduis déjà beaucoup l’improvisation dans mon travail, en tâtonnant, parce que personne ne m’a formée à procéder ainsi. Mais ce moyen  semble bien fonctionner. Je trouve extraordinaire tout ce qui peut apparaître de la personne au travers du travail avec l’instrument. Je suis plus attirée par le développement de cet enrichissement personnel des élèves par le biais du violoncelle que par le travail de la virtuosité instrumentale. De ce fait, je n’ai pas toujours l’impression d’être à ma place dans ce conservatoire de région et, au bout de quelques années, je me pose la question de savoir si je dois continuer.

Et puis, les choses commencent à se mettre en place et prennent sens : En 84, je travaille la voix avec le « Roy Hart Théâtre » (c’est d’ailleurs là que je rencontre Jean Lucien Jacquemet qui deviendra ensuite mon compagnon et avec qui, plus tard, je co-animerai ces stages d’improvisation) qui me donne beaucoup d’outils de travail et me permet de mieux comprendre et gérer mon espace personnel.
     En 90, je rencontre, en préparant le concours du Diplôme d’Etat, un prof de violoncelle qui travaille beaucoup avec l’improvisation et cela me donne alors confiance pour oser continuer à la pratiquer moi-même au conservatoire.

Jean Lucien travaille depuis longtemps avec l’expression vocale et gestuelle et nous décidons de faire, tous les deux puis avec des petits groupes, de la recherche dans le domaine de l’improvisation. Nous travaillons soit avec la parole soit en lien avec l’aspect musical, voix ou instruments.
    Ce travail est passionnant et nous essayons, petit à petit, de mieux comprendre « comment ça marche » (question brûlante et récurrente chez toute personne qui s’approche de ce domaine : « l’impro, oui, mais pourquoi et comment et où cela nous mène-t-il ? » ).

Pour nous, avec évidence je crois, c’est l’analyse du fonctionnement, à tout niveau, qui fait avancer le travail. Sur le plan de la connaissance de soi, de la relation, de la confiance en soi et en l’autre, de la prise de conscience qu’on sait faire beaucoup plus de choses qu’on ne le croit, de l’apprentissage de la centration, de la compréhension du vivant …c’est un outil excellent. De plus, l’improvisation est un domaine dans lequel   nous pouvons allier travail et plaisir… c’est un beau cadeau et il faut peut-être penser à le transmettre…

 

Dans cette même période, je travaille 2 ans et demi avec une autre Emmanuelle qui chante. Nous créons « Emduo », duo à 2 voix et un violoncelle. Là aussi, notre idée est d’aller le plus loin possible dans la compréhension et la justesse de la démarche. Nous travaillons régulièrement, presque une fois par semaine. Là aussi, le constat est le même : la rigueur accompagne au plus près les expériences de cet ordre. Sans elle, on ne peut pas vraiment progresser. Il n’est pas ici question de « faire un bœuf » mais de travailler, d’avancer dans  notre compréhension de la relation au son, à la musique et aux rôles que nous prenons avec les  personnes avec qui nous sommes en relation en jouant.
« Emduo »  est resté  assez confidentiel mais a produit tout de même quelques concerts…

Au conservatoire je trouve ma place parmi les professeurs de violoncelle en osant ouvertement poser cette spécialité de l’improvisation et des portes s’ouvrent, puisque je suis chargée officiellement depuis maintenant plusieurs années d’initier tous les élèves de violoncelle à ce travail.

En parallèle de toutes ces expériences, Jean Lucien et moi décidons,  après plusieurs années de réflexion, de tenter la mise en place d’un stage réunissant nos deux spécialités. « Improvisation voix et violoncelle » né en 2003. Il a lieu, depuis, chaque été. Il s’est dédoublé en deux stages en 2008 étant donné la demande (et le petit nombre de stagiaires que nous prenons : 6 maximum dans chaque sous-groupe, afin que le travail conserve toute sa qualité ) et concerne à présent l’ensemble des instruments à cordes. Son nouveau titre : « Voix, violoncelles et autres cordes en improvisation»

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